Aïdée et Florian Sirven, les amoureux de la grande mesure

Aïdée et Florian Sirven

Une jeune maison qui a tout d’une grande. L’élégance, la discrétion et l’excellence avec ses deux tailleurs, Aïdée et Florian Sirven, formés par les plus grands, qui mettent leur amour et leur savoir-faire au service des vêtements. Dans leur atelier, tout respire la beauté et l’intimité des tissus, et l’on vient chercher ici le luxe de la grande mesure avec une touche intemporelle et cette écoute attentive, qui fait de chaque client une personne unique, magnifiée par le plus beau des tailleurs, qui sera réalisé à chaque fois comme une œuvre d’art à quatre mains.

 Une passion d’enfance

 Aïdée est née dans une famille d’artistes et très jeune déjà, elle a le désir de s’orienter vers la couture. “Ma mère était costumière à Paris pour le théâtre de la Ville et toute mon enfance, j’ai fréquenté les plateaux de cinéma et les ateliers de couture.” La petite fille est attirée par les costumes d’époque. Chaque année, chez mes grands-parents, je visionnais le seul film en français qu’ils avaient : Autant en emporte le vent et ce fut une grande histoire d’amour dès l’âge de 4 ans.” La robe flottante avec des rideaux en velours vert… Elle se met à créer des vêtements pour ses poupées avec les morceaux de tissus récupérés dans les ateliers de sa mère. Des soies, des velours, des satins … “Je mettais des épingles et je créais des costumes historiques.” En parallèle, Aïdée se passionne pour les années 1930 et pratique les claquettes de haut niveau. Elle est repérée à 17 ans pour intégrer une troupe de danse à New York mais ses parents s’y oppose. J’ai perdu ce jour-là le goût des études, avec un parcours scolaire tout tracé.” Elle passe alors son BEP tailleur, qu’on lui avait présenté comme plus rigoureux et technique que les autres formations, et apprend très vite “ce métier fascinant qui est exercé comme il y a 150 ans, avec tous les instruments d’époque.” Elle obtient son CAP en un an avec l’AFT, l’école des tailleurs, et se fait vite remarquer pour ses stages. Elle sera la première à décrocher un emploi et entre à 20 ans dans la prestigieuse maison de couture Lanvin. “Je travaillais dans les beaux quartiers de la rue du Faubourg Saint Honoré, là où il y a encore le bureau de Madame Lanvin, avec ses livres de broderie.” Quelques années plus tard, elle retrouvera Florian, qu’elle avait rencontré à l’école des tailleurs, et c’est un couple qui se forme, plein de jeunesse et d’avenir. Elle intégrera auprès de lui, la maison Francesco Smalto de 2013 à 2015, avant de fonder ensemble la maison Sirven.

L’élégant qui aimait la précision

Le parcours de Florian Sirven est beaucoup moins classique. Jurassien de Morez, sa famille paternelle possède une usine de lunetterie de protection depuis 1880. L’emblème de sa maison actuelle, l’abeille travailleuse vient de là. Proche de son grand-père maternel qui était Chef cuisinier, il s’intéresse à la cuisine, mais finalement, à 15 ans, il part dans le Doubs pour apprendre les microtechniques. Comme “je cherchais ma voie, j’ai suivi ces études pour apprendre la précision et finalement j’y suis resté 5 ans.” Atypique sur les bancs de l’école, il a le goût des matières nobles et des belles coupes et s’habille toujours élégamment avec des marques de luxe. “J’ai toujours aimé la mode. Mon grand-père était Saint-Cyrien et j’admirais les tenues de Napoléon.” Un jour, dans un magazine de mode, il apprend qu’une école de tailleur : l’AFT va être fondée à Paris. Il s’inscrit sur les listes d’attente avant même son ouverture et l’intègre en mars 2005. Il a alors 24 ans. “La première fois où j’ai enfilé un fil dans une aiguille, ce ne fut pas une révélation mais la passion est venue avec la pratique.” Il fera plusieurs stages et un an plus tard, il ira s’inscrire à l’Académie Internationale de Coupe de Paris, afin d’être engagé en apprentissage chez Smalto, où il sera embauché définitivement en tant que coupeur. Là il retrouvera Aïdée, pour qui il a eu le coup de foudre lors d’une soirée des anciens de l’AFT, et ils ne se quitteront plus jamais.

Chez Monsieur Smalto

Une maison prestigieuse et une école incontournable pour tous les tailleurs de luxe !” Florian s’y formera pendant des années pour devenir premier coupeur puis chef d’atelier, et Aïdée y exercera en tant que saladeuse, c’est-à-dire celle qui prépare la bûche (les pièces du tailleur), poste qu’elle occupait déjà chez Lanvin. Cet apprentissage a été capital pour leur entreprise car ils ont développé leur complémentarité dans la couture. Florian coupe le tissu du costume et Aïdée prépare tout ce dont on a besoin pour le façonner : les doublures à l’intérieur de la veste, les cols en toiles de lin, les boutons, les fils, la toile, le crin, la ouatine… Avec cette chance, car seuls les grands ateliers des années 1950 ont continué de perpétuer ces gestes et techniques ancestrales.

La boutique Smalto de la rue Marbeuf est élue plus belle boutique du monde, et son atelier un des plus performants. Tous les tailleurs étaient reconnus pour être rigoureux, très bien organisés, avec une main exceptionnelle. “Monsieur Smalto lui-même était très perfectionniste. Il entrait dans une pièce et voyait déjà tous les défauts. Et en même temps, il se remettait sans cesse en question. Cela nous a appris l’humilité.” Florian et Aïdée vouent une admiration sans faille pour ce grand Monsieur, formé lui-même par le plus grand des tailleurs, Joseph Camps, car il avait un sens du style unique et un génie artistique. Ils vont aussi apprendre à optimiser les morceaux de tissus car dans cette maison, on veille à la précision au millimètre : “Francesco Smalto venait dans l’atelier au moins une fois par semaine, et c’est lui qui faisait les essayages. Il avait appris à créer l’excellence en faisant attention à la matière première.” Et ils seront formés par des artisans de longue date, avec 35 ans de carrière, offrant à leur jeunesse les anecdotes du métier et un patrimoine vivant. Cette rigueur et ce souci du détail resteront une constante chez les Sirven. Ainsi que l’innovation. “Tester toujours de nouvelles toiles, de nouvelles façons de piquer les revers, de réinventer la veste avec le même savoir-faire ancestral.

La mesure à quatre mains

C’est Aïdée qui m’a poussé” et ensemble, ils décident fin 2015 de fonder la maison Sirven. Ils démarrent leur activité en mars 2016 dans un atelier intimiste des beaux quartiers de Paris. Là, tout est prévu pour la grande mesure à quatre mains. Florian intervient en amont pour prendre les mesures et faire le patronage puis la coupe. Aïdée prépare les bûches et fait l’assemblage du vêtement. Tout est cousu sur place sauf les pantalons, qui sont coupés, patronnés et préparés à l’atelier, et c’est un culottier qui les assemble ensuite chez lui. Ainsi, ils perpétuent une tradition vieille de plus d’un demi-siècle qui est encore conservée uniquement chez les tailleurs authentiques. A noter aussi leur complémentarité qui permet l’accueil de clientes, “car une femme habillée en tailleur est regardée autrement. Elle se fait l’égale de l’homme, en choisissant de mettre la même tenue que la leur.”

Ici, la conception d’un vêtement démarre toujours d’une feuille vierge avec l’accueil et l’écoute du client, en posant un regard technique sur sa morphologie, sa manière de se tenir, son style de vie et ses désirs, qui seront recueillis avec grand soin pour lui créer le vêtement idéal. “Celui qui en trompe-l’œil magnifiera chaque personne, jusqu’à se faire oublier.” Car le costume signé Sirven se veut d’être le plus neuf, le plus léger et le plus aérien possible. “Jusqu’à gommer tout le travail qu’il y a eu, comme s’il avait été posé et monté d’une pièce !

Une grande attention est aussi portée aux tissus “et c’est très important que le beau tombé d’un costume et de proposer les tissus adéquats.” Florian et Aïdée utilisent les matières les plus nobles. De la laine, du cachemire, de la vigogne, de la soie, mais aussi pour les revers du chameau et de la laine de chèvre, jusque du crin de cheval véritable. Avec une sélection de fournisseurs de très haute qualité comme Piacenza, la maison de drapiers italiens depuis 1733, ou des artisans de petites îles au nord de l’Ecosse. “Dès que le client a choisi son tissu, le vêtement lui appartient déjà” et les deux tailleurs œuvrent à l’unisson pour la ligne parfaite, jusqu’à confectionner une œuvre d’art qui prendra plus de 80 heures de travail à la main. Sans oublier le souci du détail et la créativité qui permet de s’adapter à tous les besoins : du smoking classique des années 1950, jusqu’à des vestes modernes et détournées “comme ce vêtement conçu pour un chasseur en enlevant le col comme dans un gilet, ou cette veste en denim pour le voyage, avec le contraste des surpiqûres et un foulard marron…” Aujourd’hui, les deux tailleurs continuent de créer des pièces uniques pour des clients partout dans le monde et notamment en Europe, en Asie et en Afrique.

 

Une jeunesse qui préserve la tradition. Un classicisme qui permet la modernité. Et un savoir-faire tel que le résultat à chaque fois est une œuvre d’art unique, nourrie d’un savoir-faire empreint d’émotion. Tels sont les ingrédients de la maison Sirven. Puis cette complicité et cette belle histoire d’amour qui racontent déjà l’histoire de la fondation d’une grande maison. Pour donner du sens à son vêtement et se réapproprier l’élégance.

 

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Paris, le 27 septembre 2017

Lien vers le compte Instagram de la Maison Sirven

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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