L’authenticité selon Alainpers, le sculpteur du temps

Alainpers, le sculpteur du temps

“ L’authenticité, c’est se connaître vraiment. Et moi, j’ai ce besoin viscéral de création, sans doute lié à mon enfance et au manque de repères esthétiques et artistiques à ce moment là. Ainsi, il y a toujours une face positive dans la souffrance. Si l’on reçoit tout, sans effort, il n’y a plus ce désir plus tard, ni cette envie d’être précurseur avec une énergie créatrice complètement démesurée qui mobilise et met en mouvement vers des horizons nouveaux. Chaque artiste a son parcours, mais pour que ce besoin de créer soit authentique, il faut qu’il y ait ce creuset souvent issu d’un manque non assouvi. J’assume mon passé comme une richesse aujourd’hui et c’est dans ma nature de créer et chercher le vrai. Alors, les difficultés disparaissent. Avec chaque œuvre, je me dis : «je suis fou de faire quelque chose d’aussi complexe et d’aussi technique ». Mais quand l’harmonie est là enfin, quand tout marche à merveille, alors c’est l’explosion de bonheur.

J’ai ce besoin impétueux de tracer ma propre voie qui est infiniment plus difficile que de prendre les standards existants. L’authenticité, c’est un choix. Soit on achète une représentation de Modigliani ou Cartier, soit on va vers les vrais créateurs, des vrais peintres inspirés par exemple. J’ai donc mon univers là-dedans comme l’ont pu être les créateurs qui aujourd’hui sont devenus des marques et qui sont plus que gérées. Evidemment, je suis inspiré par mon temps ; d’ailleurs, je me considère comme un chercheur actuel. Mais il est important de se positionner aussi dans une continuité car il y a toujours eu des chercheurs et à toutes les époques. Récemment, un historien m’a fait découvrir un collectionneur lyonnais nommé Nicolas Grollier de Servière (1596–1689). Cet inventeur avait un cabinet de curiosités à mesurer le temps, avec des dessins et des croquis de pièces dont il n’avait que la vision (un peu comme Leonard de Vinci) sans savoir si elles pourraient fonctionner avec les matériaux et les techniques de son époque. Connaître ces personnes qui cherchaient déjà à créer et reprendre plus tard leurs travaux pour les réaliser, c’est donc aussi cela vivre dans son temps. Cartier par exemple s’en est inspiré pour des modèles d’horloges et de montres…

L’authenticité est dans notre regard. Il suffit d’ouvrir les yeux et trouver la beauté partout. Elle réside d’ailleurs dans les yeux de celui qui regarde. Il y a quelques expositions qui nous donnent une énergie incroyable et réveille en nous le désir de créer. Des associations qui n’ont rien à voir se font car on avait déjà ces idées enfouies au fond de soi et c’est cela qu’il faut garder pour avancer, car on trouvera toujours des choses moins belles. J’ai ce regard compréhensif et une espèce de sagesse en regardant notre monde. Oui, courir après le temps et être dépendants des inventions technologiques, sont devenus un problème sociologique. Mais cette euphorie face à la nouveauté a toujours existé, car les nouvelles inventions impressionnent toujours quand on n’est pas habitué à vivre avec. Au bout d’un moment, une décennie souvent, cela rentre dans les habitudes et les excès se lissent. Aussi, comme pour la radio au temps des yéyés, puis la télévision dans les années 1970, puis les ordinateurs dans les années 1990, bientôt les téléphones et les tablettes digitales aussi ne nous impressionneront plus. Le jour donc où s’en servira à bon escient, tout ira mieux. En toutes choses, la question est toujours dans l’usage qu’on en fait l’objectif, car le plus important c’est l’humain. Il faut juste savoir débrancher et être en relation avec les autres.

Le sujet que je traite est si vaste qu’il m’impose la neutralité et dire que je ne sais pas. Qu’est-ce que le temps ? Il y a toutes les réponses possibles avec deux extrémités entre la physique et le spirituel, en passant par le temps perçu. Nous-mêmes, nous avons en nous notre propre horloge biologique, avec une naissance et une fin de vie un jour. Puis il y a des personnes âgées mais d’une extrême jeunesse dans leur tête, et certains qui sont jeunes et vieux à la fois. Il y a tellement d’aspects du temps… On n’est même pas sûr qu’il existe vraiment et si l’instant présent a déjà eu lieu ou sera, dans le passé ou le futur. Je crois qu’on peut vivre sans temps, car l’état idéal, donc la grande sagesse, c’est de ne plus être lié au temps. Mais entretemps, le juste milieu pour ne pas perdre pied, c’est de se dire qu’au milieu de tout cela, il y a besoin de créer des horloges pour ne pas rater son train ou des objets lumineux pour contempler le beau. Je me place à ce niveau-là.

Je suis donc un sculpteur de quelque chose qui n’existe pas (car même la lumière, on ne sait pas ce que c’est) et je m’amuse avec les lumières. La grande fiabilité et pureté des diodes électroluminescentes me permet de faire des choses assez sophistiquées car je ne suis pas limité par la mécanique. Je vais maîtriser l’esthétique à partir des matériaux ; je vais être inspiré par les possibilités techniques des matériaux, que ce soit du bois ou des matériaux synthétiques, mais aussi la matière lumineuse. C’est cela qui est stimulant. En définitive, ce qui me plaît, c’est de faire des objets vivants et sortir du cadre. Par exemple, ma dernière pièce est cette association de 4 tableaux. C’est un peu à l’extrême de ce que je fais, mais cela ouvre vraiment d’autres horizons. Le temps se signale de manière aléatoire avec une lumière qui survient et évolue. Si c’est rapide, c’est la seconde ; Moins vite, c’est la minute. Et cela donne à réfléchir, à méditer. J’aime susciter chez les autres une autre manière de voir le monde. Et il existe des gens qui ont cette sensibilité. C’est un grand bonheur pour moi quand je les touche ! ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Paris le 22 avril 2017

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Lien vers le site d’Alainpers

A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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