Jean Mus, le jardinier qui peint le bonheur

Il a toujours une anecdote ou une histoire à raconter pour nous emmener au royaume des plantes et des arbres, et notamment celles de Méditerranée. Voyageur infatigable, Jean Mus porte dans son cœur cette végétation riche en couleurs et en saveurs, qu’il sème avec grand art aux quatre coins du monde. Irrigué de ses rencontres, il est alors un peintre exalté qui compose les nuances sensuelles d’un jardin poétique et époustouflant de vérité. Une création artistique qu’il nous confie à chaque fois, comme un jardin d’Eden à entretenir et à aimer, lui l’accompagnateur qui donne à voir ce paradis retrouvé.

Une enfance qui dessine les contours

 Jean Mus est né dans le pays de Grasse, précisément à Cabris, le village des parfumeurs, d’un père André, chef-jardinier à la villa Croisset. “C’était un homme d’une grande bonté et d’une sensibilité et connaissance hors pair. J’ai appris auprès de lui l’amour de la nature et du travail bien fait. Dans ce lieu, il est marqué par la mise en scène des jardins et par l’œuvre du paysagiste français, Ferdinand Bac. Sa passion viendra de là “par l’admiration de l’endroit où je vivais. ” Et l’un des plus beaux messages qu’il retiendra enfant, c’est celui de sa grand-mère qui en Provençal lui dira : “Pichoun, sieg curious ! (Petit, sois curieux !) Ces mots lui permettront “d’écarquiller les yeux pour toujours” en découvrant des horizons nouveaux.

Il va explorer un monde sans limites dans la nature. Il obtient son diplôme d’architecte paysagiste à l’Ecole de Versailles et revient dans son Sud natal “pour baigner tout de suite dans le métier. Sa vie bascule à 26 ans, au retour du service militaire. Il s’installe à son compte et rencontre Anny, une professeure de mathématiques cannoise, d’origine arménienne, qui deviendra sa femme et l’accompagnera pendant 45 ans dans sa carrière. “Elle avait cette sagesse devant l’artiste qui se laisse emporter par l’utopie, et m’a toujours apporté le raisonnable qui fait aboutir les idées.” Avec Florence, leur fille, il partage aujourd’hui son cabinet où il poursuit sans relâche des projets toujours plus innovants partout dans le monde.

La Méditerranée qu’il aime

 Chez Jean Mus, l’art du jardin est forcément lié à l’amour de sa Méditerranée natale. Enfant du pays, il a grandi parmi les fleurs et les senteurs de cette région de Provence “aux doux parfums et aux paysages si typiques. ” Très tôt, il est attiré par un jardin plus vaste encore, englobant toutes les cultures et les identités méditerranéennes. “Cela me vient de l’adolescence. Musicien, il fréquente un ami grec qui l’initie aux cuisines et aux cultures héritées des pays du pourtour oriental. “J’ai compris alors que la Méditerranée est un nuancier extrêmement riche d’identités si différentes. ” Et il aura à cœur de travailler le métissage permanent de la nature, autant que celui des paysages, des cultures et des individus. “Tout le peuplement végétal de l’Europe de l’Ouest, en particulier dans le caractère nourricier avec les arbres fruitiers et le caractère des légumes, nous vient de la Mésopotamie. C’est une source profonde que l’identité, elle qui apporte non seulement l’enracinement, mais la continuation et la conservation de toute espèce vivante.

Cet amour de la Méditerranée déborde en mots, en images, en senteurs et en émotions quand on lui demande de choisir les espèces indispensables à son jardin. Pour ce paysagiste poète, on peut d’ailleurs avoir un jardin magnifique toute l’année en restant simple dans les formes et les structures. “Mais toujours avec des espèces de Méditerranée ! ” Sa première déclaration est à l’olivier, “parce que c’est l’arbre nourricier par excellence qui permet les échanges grâce à son huile.” Puis le figuier “qui apporte un sucre permanent qu’on pourra conserver toute l’année.” Ensuite, la rose car chaque être au monde a besoin de se parfumer tous les matins. Cette rose qui est pour l’artiste “une séductrice, plus féminine que toutes les autres fleurs” et sa préférée reste l’odorante rose de Damas. Ensuite, le grenadier “car c’est le meilleur colorant du monde et l’arbre de la sérénité, le punica granatum donnant l’assurance d’avoir des enfants.” Le voyage se termine dans la communion à toutes les herbes aromatiques qui font la cuisine méditerranéenne : le thym, le romarin, la lavande… “car dans un simple sachet, j’ai toute l’humeur du bassin méditerranéen qui est prêt à accompagner tous les produits de la planète.

Jean Mus parcourt inlassablement les terres, les jardins privés et les parcs des grandes propriétés du Sud. Ce jardinier amoureux de la nature a réalisé bon nombre de jardins méditerranéens sur la Côte d’Azur (Menton, Nice, Antibes, Grasse, Cannes, Saint-Jean-Cap Ferrat, les Iles de Lérins…) et il s’extasie toujours devant cet héritage aux quatre coins du monde. “Chaque fois que je m’éloigne de la maison mère qui est cette Méditerranée, j’ai besoin de dessiner un clin d’œil pour rappeler qu’elle est là…

 Des rencontres et des jardins

 Jean Mus a créé et façonné plus de 1 500 jardins extraordinaires en France et dans le monde entier. Mais le plus important, “ce sont les rencontres qui ont fait ces jardins” car il s’en nourrit constamment pour ses créations futures et son évolution personnelle. Et il est des rencontres capitales dans sa vie. Comme ce jeune fils de Maharajah qui lors d’un voyage aux sources du Gange, en Inde, lui conseillera d’apprendre à laisser couler la rivière. “Ces mots m’ont bouleversé et cela a changé mon regard à la fois dans ma vie et mon activité. Un grand respect humaniste le caractérise, à la fois dans l’approche des personnes et de la végétation. “Des amérindiens du Brésil à qui l’on a présenté le jardin de Villandry, dans la pure tradition des jardins à la française, se sont écriés : pourquoi ne respectez-vous pas la liberté des arbres en les taillant ainsi?

 Chez lui, le respect prime. Celui de la mémoire, du savoir et des expériences du passé, mais aussi celui des arbres et des plantes pour créer des jardins vivants, qui s’épanouissent et sont en accord avec le lieu, les éléments et le temps qui passe. “L’exigence vient avec les artistes et les architectes qui composent ces jardins, mais ils ont besoin de la complicité des jardiniers. ” Ce paysagiste renommé explique alors qu’il y a toujours deux phases : la naissance d’un jardin dans l’imaginaire ; par des plans, des décisions, puis par la réalisation, et ensuite, son évolution “avec des jardiniers qui l’entretiendront éternellement.” Dans son regard bleu azur, on lit que ces jardins ont une âme qui remonte à l’origine de l’humanité. Et imprègnent les lieux de leur présence lorsqu’on leur donne d’être témoins d’une véritable communion entre l’homme et la nature. “C’est pourquoi, il faut toujours respecter le lieu et revenir à l’origine.” D’où vient le vent ? Où se couche le soleil ? Quels sont les éléments dominants qui existent ? Afin de travailler avec eux et ne pas les contrarier par des apports.” Pour Jean Mus, l’épure est donc essentielle ainsi que la notion de simplicité. Sans oublier d’avoir toujours l’attitude de l’invité qui ne dérange pas. “Intervenir mais ne pas déranger et apprendre la patience.

Donner à voir le bonheur

 Le jardin offre à l’évidence l’exaltation des sens, et le style du Maître-jardinier s’exprime à travers les émotions et les sensations qu’il ressent en écoutant les désirs de ses clients. “Il y a l’importance de la perspective et de la profondeur.” Puis, comme une mise en scène, le jardin devient un écrin pour magnifier les couleurs élégantes et douces, le mouvement, les courbes, les lumières, les bruits et les odeurs. “Mais tout est déjà là. Il suffit d’ouvrir les oreilles pour entendre le bruissement des feuilles, l’écoulement d’un ruisseau, le bourdonnement des abeilles…” Et se rappeler que la plus belle chose qu’on puisse dire à un enfant c’est de dessiner un jardin. “Il ne sait pas comment faire car le jardin c’est du rêve !” L’architecte de jardin doit donc être un peu poète et mobiliser tous les sens pour faire vivre ce rêve. “On a envie d’aller à l’intérieur comme dans un paradis.” Et c’est cette quête à chaque fois qui fait la joie du créateur : surmonter les difficultés, trouver des solutions pour donner à voir le bonheur “avec des jardins de plus en plus reçus comme des dons.”

 

Jean Mus puise sa vocation d’architecte de jardins au travers de toute une vie. Ces pensées, ces rencontres, ces émotions et ces partages, d’où naissent les merveilleux jardins qu’il conçoit chaque jour. Des espaces naturels qui ont donné à cet artiste hors normes, une humilité que rien n’altère, car il sait que nul n’a la main mise sur nature, cette présence éternelle qui accompagne toute solitude. Alors, il est ce passeur et ce visionnaire qui ouvre nos yeux sur la beauté fragile mais si précieuse du monde.

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Cabris le 23 juillet 2017

Lien vers le site de Jean Mus

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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