L’authenticité selon David Lucas, le coiffeur star passionné des femmes

David Lucas

“ J’ai toujours aimé le naturel. Cela vient de mon enfance et le rôle de ma mère, couturière et cuisinière hors pair, a été déterminant. A Arcachon, ville sans fioriture, j’ai grandi dans l’amour et avec une éducation qui valorise l’humain et le contact avec la nature. L’eau, mais surtout le végétal qui a éveillé en moi la créativité, dont je ne peux me passer un seul jour de ma vie. J’ai aussi toujours été entouré de femmes, et ce contact m’a ouvert l’esprit. Leur féminité, leur sensualité ; dans les gestes, dans leurs atours, dans leur façon d’être. C’est pour elles que je travaille et cela donne du sens à mon action. Le naturel, c’est enfin dans ma matière de prédilection : les cheveux. Je reste fasciné pour leur force de vie, et toute la protection et les soins que nous leur devons pour les rendre beaux et lumineux, et je veux, à mon niveau, faire avancer les tendances dans ce sens. Une coloration responsable, des produits sains et le meilleur des plantes pour donner du reflet, gainer le cheveu et apporter force et brillance. En réalité, c’est compliqué de faire naturel. Il y a une mesure des choses à avoir tout le temps, une retenue, trouver la petite touche qui permet de relever l’ensemble. Ce n’est jamais dans la surenchère.

Ce qui me permet de garder les pieds sur terre, c’est le contact avec mes clientes et de travailler avec mes mains : c’est un besoin viscéral chez moi. J’essaye, à mon niveau, d’être un acteur du bon goût. Dans un salon de coiffure, on est dans un cocon où on va passer notre vie à épurer : trop de dégradé, trop de balayage, trop de couleurs… On veut donc sensibiliser les clientes sur tout ce qui abîme leur cheveu et notamment la coloration chimique qui détruit la mélanine et endommage la fibre capillaire, en plus de l’existence des allergènes et autres molécules au nom compliqué. On peut donc s’interroger sur son innocuité dans les teintures capillaires. Les grandes marques ont enfin compris qu’il y a urgence et elles investissent pour allier efficacité et naturel, dans une nouvelle génération de teintures botaniques. Ce qui se vit dans la haute-coiffure, c’est cette expertise et le vrai chic, c’est d’être un coiffeur qui coupe avec son style et qui peut en même temps répondre à cette spécialité à part. Il est donc fondamental de séparer les métiers de coloriste et de coupeur, afin d’exceller dans les deux disciplines.

Ce qui est fondamental, c’est de bien communiquer avec la cliente. Cette écoute permet de déceler son réel besoin, ses envies du moment, son univers à elle ; et même, de voir si sa décision est réfléchie car une coupe ou une coloration est toujours un moment important dans leur vie. Une coupe va apporter un look, un style, une image de soi plus affirmée et plus confiante. C’est une transformation d’image, de silhouette et d’état d’esprit qui s’opère intérieurement et même si on ne le voit pas directement, il y aura toujours un changement d’optique qui se réalisera dans les jours qui suivent. Aussi, les coiffeurs qui réussissent le mieux sont ceux qui savent mettre en valeur la personnalité de leurs clientes pour qu’elles soient plus en accord avec elles-mêmes, avec ce qu’elles vivent ou ce qu’elles souhaiteraient être, en fonction de leur vécu et même des saisons ou de leur humeur.

L’apparence est un critère important dans mon métier et on a vraiment deux sortes de clientes. Celles qui assument leur identité et qui sont en paix avec elles-mêmes et l’image qu’elles renvoient aux autres. Et celles qui sont encore dépendantes de l’approbation et de la considération extérieure, et qui ont besoin d’être constamment sublimées. On se doit à notre manière, de les aider à se trouver elles-mêmes, cette part authentique et vraie qu’elles masquent dans le paraître. C’est pourquoi j’aime la coiffure au naturel, celle qui révèle du moins l’identité du moment. Une des manières d’y arriver, c’est de toujours questionner les besoins et s’ils sont trop ambitieux, respecter la demande de la cliente mais en mettant des jalons pour les atteindre par étapes. On va par exemple doser les nuances de la coloration pour préserver le cheveu et l’impact des différentes techniques, ou couper par étapes, si le désir date de ce matin. Plus on prévient les clientes, et mieux ça se passe, et c’est la clé de la réussite.

Pour finir, la coiffure est un art éphémère : un coup de vent, un froissement, qui nous rend humble et nous aide à apprécier le moment présent. C’est pourquoi je fais aussi de la photo pour figer mes propres modèles et collections. Au final, je suis donc un coiffeur en salon, et j’ai cette chance inouïe d’exercer un métier fait de plaisir et de reconnaissance directe, que l’on peut partager avec les clients et l’ensemble de son équipe. Le vrai luxe pour moi c’est donc ce quotidien dans ce salon, avec tout cet espace, cette belle luminosité et ces odeurs apaisantes, en étant entouré de belles personnes qui ont une gentillesse naturelle. Bien sûr, c’est aussi le temps et la qualité des relations humaines avec des moments privilégiés entre amis, ou quand je retourne voir ma mère pour déguster un de ses plats savoureux. C’est tellement rare ! Le vrai luxe en définitif, c’est vivre simplement et en toute discrétion, en apportant le meilleur de soi-même et en évoluant sans cesse pour donner et prendre du plaisir à embellir le monde. ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Paris, le 14 mars 2018

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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