L’authenticité selon Jean-Philippe Richard, pour une féminité entre terre et ciel

Photo de Jean-Philippe Richard

“ Ce qui me touche, c’est ce désir authentique qu’ont mes clients pour mes sculptures. Ils sont très sensibles au fait d’acquérir une œuvre unique et souvent, après 10 ans, voire plus, ils viennent me voir pour cela. Ce sont pour la plupart des couples amoureux, en quête de beauté, et qui sont marqués durablement par l’élégance de ces silhouettes et la finesse de leurs expressions. Cela me donne donc un rôle précis car par mon travail et mon art, je deviens créateur d’œuvres qui font rêver et qui provoquent l’émotion à travers une attitude et un lieu. J’hérite aussi du devoir de trouver des lieux où les exposer à la contemplation, et mettre de l’humanité là où l’atmosphère est froide et rigide. Je suis donc comme un père qui marie ses “filles”. Chercher le jardin idéal ou connaître le futur acquéreur… Et je dis toujours qu’il faudra bien s’en occuper, sinon elle émettra des signaux de détresse en ma direction. C’est tellement important cet échange, comme venir les découvrir à l’atelier… c’est un mystère qui se dévoile !

Pour moi, le côté féminin est plus facile à représenter car j’ai moi-même un côté romantique, et je pense que tous les êtres humains le sont, du moins au début de leur vie amoureuse. Je suis fier de mes sculptures qui ont ce côté moderne, avec une ligne qui se reconnaît d’emblée. Les visiteurs, même s’ils ne connaissent pas mon nom, savent les reconnaître ! Alors, je me dis que j’ai bien fait de rester dans ma ligne, sans essayer de trouver quelque chose de plus attrayant. Des formes plus à la mode, plus contemporaines par exemple… J’ai fait ce que j’avais à cœur et en cela, j’ai toujours été authentique sans chercher à ressembler à quelqu’un d’autre. Je le fais aussi pour moi, dans le sens où j’essaye de trouver une forme et une expression qui me plaisent vraiment, et qui, d’un point de vue esthétique, me conviennent très bien. Puis, il y a le verdict du public et c’est celui que je préfère. Car on a la vraie réponse, non pas celle d’un professionnel qui veut vendre, mais du public qui veut acheter en vérité, pour lui-même. Les mots qu’il va vous donner sont justes et on sait alors que l’œuvre est authentique. Grâce à cela, je me suis aperçu que ce que j’avais voulu exprimer dans la matière correspondait à mon intention première et était reçu comme tel. L’interprétation seule diffère selon la sensibilité de chacun, mais au final, les mots sont toujours vrais. Cela veut dire que quand une pièce est finie et qu’elle me plaît vraiment, je sais qu’elle est bonne et qu’elle a un petit côté universel. Et c’est ce qui me donne le plus de joie.

Dans mon art, il faut être motivé pour créer toujours du nouveau en traitant du même thème et du même sujet, et d’avoir des expressions différentes avec la même attitude. J’essaye en plus d’épurer au maximum sans basculer dans l’abstrait ou du Brancusi. Ce fonctionnement est adapté à la matière que je travaille avec un résultat qui touche l’épure et l’essence. Les femmes qui prennent forme sont d’abord intérieures avant d’avoir une apparence. Elles ont un côté délicat, très féminin, gracieux et en même temps fort et affirmé. J’aime aussi travailler les contradictions. Je fais par exemple des visages asymétriques avec un front marqué par les soucis, et un sourire aux lèvres, qu’on adoucit bien sûr pour que ce ne soit pas trop flagrant. Alors, elles deviennent des messagères de quelque chose de très personnel, et j’aime donner cette liberté d’interprétation au spectateur. Finalement, on commence par raconter une histoire par la sculpture elle-même, mais cela peut être interprété de manière différente selon l’histoire de chacun, et c’est cela une œuvre d’art.

Constamment, mes sculptures représentent un élément rassurant qu’on a chez soi, et j’estime que ce travail est fait pour être vu puisqu’il touche et rassure. Je suis donc un créateur d’émotions. Et il est important dans nos sociétés actuelles de revenir au rêve. On est trop dans le stéréotype. On se met des obligations là où il n’y en a pas. Or la vie, c’est tout le contraire ! Il faut absolument retrouver la naïveté des débuts et se laisser faire. Il n’y a rien de calculé, tout vient de soi-même. Et l’histoire recommence alors… sans fin ! ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Mirabel-aux-Baronnies le 2 septembre 2017

Lien vers le site de Jean-Philippe Richard

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.