L’authenticité selon Mélanie Georgacopoulos, la designer à la perle

Melanie Georgacopoulos

“ Le luxe, c’est de créer quelque chose d’unique pour quelqu’un, quelque chose qui n’existe pas. Et pour moi, cette création est autour de la perle, avec une approche nouvelle, faite de respect et de curiosité. Je ne suis jamais rendue au bout de ce voyage ! Mon exploration était au départ, très instinctive. J’ai approché la perle à la manière d’un sculpteur qui choisit un matériau. Et j’ai découvert que chaque perle était unique avec des cercles concentriques, comme si on avait coupé un arbre. Une telle beauté qu’il fallait absolument les mettre en valeur dans un bijou ! Je suis toujours fascinée par ce mystère ; comment, même pour une perle de culture, il y a un mollusque derrière qui, pendant 3 ans au fond de la mer, va créer patiemment cette matière organique à la fois si délicate et persistante.

La perle a toujours fait partie des bijoux royaux. Dès l’Antiquité, elle était très recherchée pour sa rareté. La légende raconte même que, pour impressionner Marc-Antoine, Cléopâtre a dissout ses perles préférées dans un verre de vin. C’est vrai qu’on a immédiatement envie de la toucher, car elle est ronde et exprime la douceur au départ et la force ensuite. Ce qui est incroyable aussi, c’est qu’elle arrive comme elle est, authentique et totalement formée, ce qui n’est pas le cas du diamant qui doit être taillé pour avoir de la valeur ajoutée. Il y a des millions de diamants pareils ; en fait, ils ont quelques inclusions seulement qui les différencient. Et pourtant, il faut reconnaître qu’en Occident, c’est lui qui reste maître de la Haute-Joaillerie. On dit même que quand une femme porte un collier en diamant, c’est le diamant qu’on regarde. Mais quand elle porte un collier de perles, c’est la femme qu’on regarde. La perle reprend de la valeur aujourd’hui avec une qualité excellente. Ma plus grande joie d’ailleurs, c’est de voir que les bijoux fantaisie à bas prix proposent des modèles à base de fausses perles aux adolescentes. Quoi de meilleur qu’éduquer leur style dès leur jeune âge et créer des souvenirs mémorables. Plus tard, elles ne voudront plus d’un bijou qui s’abîme en quelques mois alors qu’on s’y est attaché, et se tourneront vers un achat plus réfléchi, afin de vivre une relation personnelle, et le transmettre plus tard à leurs filles et petites filles.

Le grand défi de notre époque, c’est donc d’accéder à cet autre chose de différent. Les clients veulent trouver leur voie propre autant que leur style personnel, pour développer leur confiance en soi. Comme il s’agit d’investir des sommes importantes, ils comprennent aussi que les bijoux en série limitée ont leur propre voie ; et qu’il faut les découvrir et les apprécier avec une dose de courage presque, pour oser les porter. Dans ma nouvelle collection, je travaille la nacre par exemple, et, pour perturber nos repères habituels, je vais proposer différentes formes taillées à la matière des coupes classiques de diamant : Asscher, coussin, cœur, poire, radiant… Le résultat est saisissant, créant du précieux à partir d’un matériau qui ne l’est pas, pour sortir du cadre et même oser des pièces plus grandes pour habiller le corps. Mon rêve est que l’investissement qui est fait devienne aussi sentimental. Que mes clientes s’approprient totalement ces pièces, qu’elles fassent partie d’elles-mêmes et qu’elles les mettent comme une seconde peau. Car un bijou raconte une histoire, qui se transmet de génération en génération. Et dans le quotidien, cela contient aussi une forte valeur affective, et une valeur subjective liée à la mode pour les jeunes filles. Cela change tout dans leur confiance en soi, leur attitude vis à vis d’elles-mêmes et des autres.

L’authenticité a toujours été pour moi d’écouter ma petite voix à l’intérieur, et faire ce que j’ai dans le cœur. Ce n’est pas tant de vendre des choses qui compte, mais de se connecter de manière véritable à ses clients, à travers ses créations. Car le plus important, ce n’est l’avoir mais l’être. J’essaye d’inculquer ce sens des vraies valeurs à mes enfants, en leur montrant autre chose : la nature, les voyages, la richesse des relations humaines et des rencontres. Il faut leur ouvrir l’esprit, élargir leur champ de conscience et leur apprentissage culturel, sans aucune restriction, et libérer leur créativité.

Avec du recul, je constate que mon art est le reflet exact de ma vie. A 38 ans maintenant, j’ai mûri en tant que femme, partenaire et mère. Comme une mosaïque, c’est ma vie personnelle que je montre dans certaines collections, et cela de manière instinctive, car je suis honnête avec ce que je fais. Notre vie est donc un chemin, un apprentissage continu.  Je veux juste continuer de regarder autour de moi, ressentir les choses et être émue. Mon secret est d’aller voir ce qui m’attire mais aussi ce que je ne connais pas : une musique bizarre, des films de créateurs inconnus, une exposition hors du cadre. Pour laisser mon esprit libre de créer sans limites ! ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Londres, le 18 janvier 2018

Lien vers le site de Melanie Georgacopoulos

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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