L’authenticité selon Sylvie Facon, l‘ode à la féminité

Sylvie Facon

“ Le vrai luxe c’est d’avoir le privilège de vivre de sa passion et pouvoir créer au quotidien, à la fois des pièces, mais aussi les contours de son métier. On a alors une immense liberté pour devenir de plus en plus nous-mêmes, par ce qu’on est et ce qu’on fait ; les deux étant reliés. Pour moi, la création textile est avant tout une histoire personnelle et un plaisir solitaire. En fait, je cherchais un moyen d’expression comme un peintre cherche une toile, et j’ai trouvé tellement plus riche avec le corps de la femme et tellement plus stimulant car il est en trois dimensions, avec du relief et jamais le même. Je fonctionne donc avec des défis à relever et à réussir, en trouvant à chaque fois des solutions créatives.

Le chemin vers soi est passionnant et évolutif, et l’on doit aussi accepter de ne pas tout comprendre, ni vouloir tout contrôler. Un exemple quand je ressens comme une évidence de passer d’une matière à une autre sans savoir pourquoi, ou qu’une matière en fasse naître une autre. Comme je fais cela instinctivement, je suis incapable d’expliquer mon style ou ma manière de procéder qui parfois me dépasse. Et c’est très frustrant pour moi de ne pas savoir définir ma signature. Alors j’observe et je vois bien que le public est ravi sans que je sache dire pourquoi ; cela m’étonne même par moment, mais j’ai fini aussi par l’accepter. Ils parlent de cette part de rêve. C’est vrai qu’une robe pour moi porte un message, et raconte d’abord une histoire. C’est peut-être ce qu’il faut retenir.

Mon objectif est de rendre les femmes encore plus belles qu’elles ne le sont déjà. D’ailleurs, il n’y a pas pour moi, de stéréotype de femme idéale, car elles sont toutes très belles, autant que différentes. Quand je fais une robe pour une personne – en fait, autour de cette personne, de sa morphologie et son projet, c’est donc une robe qui lui ressemblera. Elle ne rentre pas dans un personnage. Elle devient elle-même. Cet été, j’ai eu la joie d’accompagner une cliente pour son mariage et je l’ai vue se métamorphoser lors de nos rendez-vous, dévoilant sa beauté intérieure qu’elle cachait comme une protection, et osant devenir de plus en plus elle-même physiquement. Quelle émotion ce jour-là pour ses proches, son futur mari et elle-même ! Il s’agit donc d’être vraie, le plus possible, pour ce grand jour qui scelle l’espérance d’amour pour une vie. C’est pourquoi, je suis très reconnaissante pour celles qui viennent chez moi, car c’est une grande marque de confiance que de faire part à une styliste d’un projet aussi important dans leur existence.

Pour les robes tableaux, c’est différent. C’est un moment à part que je veux créer. Il ne s’agit pas d’embellir la vie ni d’être dans un conte de fée, mais dans l’univers poétique et féérique qui est le mien, avec une atmosphère lumineuse, ultra féminine et romantique. C’est comme quand on contemple un tableau ; on s’évade, on entre dans une expérience sensorielle où l’on peut contempler de la beauté : celles des courbes d’une femme, habillée de belles robes. Je vais donc rendre les choses esthétiquement belles, c’est vrai, en y passant des heures, avec mon tempérament d’hyper-perfectionniste. Pour les thèmes, c’est toujours quelque chose qui va m’inspirer : un objet comme le violon, une matière comme la porcelaine, ou une ambiance comme un champ de blé. La robe de paille et de dentelle est arrivée ainsi. J’avais eu une si belle impression de sérénité pendant l’été et je l’ai traduite en robe pour marquer cet instant d’éternité, de bien-être et de simplicité. Comme si je figeais ce moment, cette impression dans une robe, qui ne sera pas à vendre, mais sera un modèle d’exposition. Du coup, il y a moins de contraintes et c’est vraiment une robe picturale, un tableau portable en défilé et qui me sert d’outil de communication.

Autre point, les mannequins qui sont toujours les mêmes et sont devenues des copines. Ce sont des femmes ordinaires qui défilent de manière gracieuse et avec le sourire, car celle qui porte la robe est aussi importante que la pièce. Il faut un corps type ; qu’elle soit jolie mais pas éblouissante non plus, qu’elle ait une façon élégante de faire bouger la robe et cela suffit, car beauté d’une femme est aussi dans ce qu’elle dégage. Ce sont donc des spectacles, vrais moments de partage, de joie et de fête, ou les robes qui voyagent et s’exposent partout en France. L’année dernière, une sélection de trente robes sur le thème de la nature ont été exposées au musée de la dentelle de Caudry et cette année, ce sera en partenariat avec d’autres créateurs au musée de la dentelle de Calais.

En conclusion, c’est toujours l’ensemble qui fait l’authenticité. Une belle offre avec une belle robe, portée par une belle femme avec le sourire, et les invités qui se laissent porter par le spectacle dont je serais le peintre, avec des robes tableaux qui racontent une histoire. Ce métier en vérité, c’est mon arbre où je m’abrite, mon exutoire. Il n’y a pas de plus bel ancrage !”

Propos recueillis par Carine Mouradian lors d’une interview à Arras le 1er décembre 2018

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

Commentaire(s)

  1. Un portrait magnifique d’une femme et artiste merveilleuse.
    Il est admirable de mettre en avant ces femmes et ces hommes d’exception qui rayonnent dans ce monde.
    Et que dire de Sylvie ?!! Elle met en valeur la femme par de magnifiques robes en matière noble, la dentelle, qu’elle utilise comme toile, tel un grand peintre. Le résultat ? Une double œuvre d’art.
    On adore.

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