L’authenticité selon Xavier Aubercy, le bottier romantique

Xavier Aubercy

“ Je suis un grand romantique. Je lisais Balzac quand j’étais jeune et j’aimais la comédie humaine. J’aimais ces sentiments. Puis en tant que psychanalyste, j’ai vu des personnes se métamorphoser en thérapie. Quelle joie quand elles se relèvent et trouvent le chemin de l’amour ! C’est cela qui donne du sens à la vie. Je retrouve cet ingrédient partout dans mon métier de bottier. En travaillant avec mes parents qui ont su garder l’âme de la maison, telle que l’avait voulue mon grand-père. Cette même humilité et se mettre au service de la chaussure et des autres. En côtoyant les employés et les artisans qui sont notre richesse et notre fierté. Ils ont une dextérité incroyable et perpétuent les gestes du métier en apportant chacun leur touche personnelle. Avec leur histoire, leur passion, leur culture, ce sont de vrais professionnels et des personnes authentiques. François à la cordonnerie, par exemple, découpe lui-même ses fers encastrés. Et pour faire plaisir aux clients, il les façonne selon la forme désirée : une vague, un symbole… C’est unique de prendre le temps aujourd’hui pour faire cela et c’est tout l’esprit de la maison : faire plaisir quoi qu’il en coûte. Enfin c’est pour les clients que j’ai repris l’entreprise familiale. Je les ai observés depuis ma plus tendre enfance et aimés leur simplicité. Quelle que soient leur position sociale ou leur renommée, ils viennent à la boutique pour nous confier leurs envies, raconter leurs joies ou leurs peines, et cette confiance me touche tellement ! De si belles personnes, avec une attitude sans apparat et une noblesse de cœur qui ne fait pas de distinction. C’est cette sincérité qui fait l’authenticité.

Il y a une certaine forme de devoir quand on est l’héritier d’une maison de tradition. Et je m’engage à donner le meilleur de moi-même dans chacune de mes créations ; par respect de l’entreprise de mon grand-père, de ceux qui y travaillent, et du client, qui parcourt parfois le monde entier pour venir nous voir. Ce goût du travail bien fait, de l’ouvrage en pleine conscience, nécessite aussi de se donner du temps et d’orienter toutes nos intentions vers le faire plaisir. J’aime cette philosophie qui consiste à faire aux autres ce que l’on aimerait faire à soi-même. Prendre soin, choisir le meilleur, aimer… La richesse humaine devient alors le fondement de chacune de nos actions. Car le but ultime est de permettre des rencontres heureuses, des souvenirs mémorables, des moments inoubliables et nous y contribuons à notre façon en créant des chaussures élégantes.

Puis j’aime reconnaître les hommes et les moments de vie qu’il y a derrière chaque chaussure car pour moi, le luxe, c’est avant tout ce qui ne se voit pas, et tout ce qui vous touche. Cela peut être de contempler un lever de soleil le matin, car vous êtes avec la bonne personne, ou d’être dans un endroit très simple avec des hôtes qui se mettent en quatre pour vous faire plaisir. J’ai découvert récemment avec ma femme une adresse incroyable d’un restaurant à Venise, que je garde comme un trésor. Une minuscule trattoria avec la mamma qui mijote des plats traditionnels et passe toute sa journée dans la cuisine. Il faut voir cette reconnaissance quand on lui dit que c’est bon et qu’on la remercie de s’appliquer autant pour nous servir. Vraiment, on se dit alors :  Je n’ai pas vécu un moment pareil depuis des années ! Le luxe est authentique. C’est cela qui fait qu’on passe un moment vrai. Ce n’est pas marqueté, ce n’est pas travaillé, c’est l’envie d’une personne qui rencontre celle d’un autre, dans le moment présent. Il y a aussi un côté rare, contrairement à l’abondance comme on voudrait nous faire croire. Enfin, il y a un engagement dans le luxe ; un engagement total qui rencontre un désir absolu.

C’est mon grand-père qui a insufflé le côté humain dans la maison de botterie que je dirige aujourd’hui. N’est-ce pas à l’origine une histoire d’amour ? Celui pour ma grand-mère ; celui de son métier ; celui des hommes qu’il a côtoyés. Et toute sa vie, il a voulu apprendre et essayer de progresser pour se comporter d’une certaine façon, et devenir respectable par ses actes et non par son apparence. Je l’admirais pour cela et il a apporté cette exigence. Je souhaite aujourd’hui garder cette même humilité et, s’il y a une star chez nous, c’est éventuellement la chaussure, le cuir, l’histoire d’un modèle, celui qui l’a fait derrière, ou même le désir d’un client et ce que cela a produit de beau dans son existence. C’est cela le plus important. ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Paris, le 29 septembre 2017

Lien vers le site de la Maison Aubercy

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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