L’authenticité selon Véronique Sanders, la créatrice d’un vin intemporel

Véronique Sanders

“ Pour moi, le luxe ne peut être qu’authentique. J’irai même plus loin en disant que le luxe qui scintille de mille feux n’est pas le vrai luxe. L’authenticité dans mon métier passe évidemment par le temps et ce respect du temps. Il suffit de suivre toute cette production qui prend de longs mois et qui aboutit à la naissance d’un grand vin. Il y aussi le temps qu’on prendra à le conserver et le temps qu’on prendra à le partager avec les autres. Je trouve toujours l’accueil au Québec extraordinaire car les gens vous donnent du temps et finalement, ils vous donnent ce qu’ils ont de plus précieux. Mon message est donc de prendre le temps de s’arrêter, car le luxe c’est savoir vivre des expériences simples comme s’émerveiller devant un paysage et retrouver du sens en se questionnant sur sa vie.

Ce qui fait la richesse de notre métier, c’est qu’on est confronté à une grande diversité de personnes qui viennent nous voir à Haut-Bailly et qui veulent apprendre. Ils veulent savoir, comment le vin est fait; ils veulent déguster et s’enrichir de cet univers qui est fondamentalement ancré en nous, puisque le travail de la vigne fait partie de notre civilisation. Quand vous lisez la Bible, le nombre de fois où est cité le nom “vigne” ou “vin”, est impressionnant ! La vigne, cette plante si attachante, est donc un acte de civilisation. Et en contemplant ce paysage incroyablement travaillé, nous réveillons en nous les racines profondes de notre humanité, dont il faut en être respectueux. Cela nous rend humble car nous ne sommes que des passeurs, présents pour quelques années. Et l’on détient des joyaux dont on a le devoir de prendre soin et de transmettre dans un meilleur état que celui où on les a reçus. Personne ne se souviendra de nous, ni de notre nom. Mais on se souviendra toujours si c’était un âge d’or pour la propriété.

On peut revenir sur la notion de luxe et se demander ce qu’il est vraiment. Est-ce posséder ou est-ce disposer ? Je pense que pour la génération qui arrive, le luxe ne sera pas seulement dans l’avoir mais surtout dans l’être. Et c’est ce qu’on a voulu faire avec les chambres de Château Le Pape. Donner à des clients qui courent le monde toute l’année un moment de paix et de quiétude. Il n’y a d’ailleurs pas de télévision dans les chambres et on peut éteindre le wifi. On veut leur offrir ce moment hors de leur temps habituel. Arrêtez-vous un instant ! Posez votre regard sur ce beau paysage, sur une allée d’arbres ou sur une vigne… Et à Haut-Bailly, on leur donne aussi de notre temps, on leur explique ce que l’on fait pour leur faire comprendre notre vin. Et expérimenter ce moment d’art de vivre à la française accompagné d’un grand vin. Le vrai luxe, c’est cette authenticité-là.

Il y a dans notre terroir, des vignes centenaires qui constituent le cœur de nos vins chaque année, et le style de ces grands vins c’est avant tout l’équilibre, mais aussi l’élégance. L’élégance, cela veut dire le contraire de l’ostentatoire. Ce sont donc des vins qui vont être parfaitement mûrs, d’où l’aspect très soyeux des tanins, et qui vont avoir une capacité de vieillissement qui leur permettra de traverser le temps et les époques. On revient toujours à cette notion du temps, car on ne fait pas un vin juste pour plaire à un instant donné. Un grand vin, a la capacité et le devoir de traverser les temps. Les grands millésimes de Haut-Bailly durent un siècle ! Ce qui est donc difficile dans notre métier, c’est d’être régulier et de s’inscrire dans la durée. Quand vous faîtes une verticale (une dégustation de plusieurs millésimes qui se succèdent de Haut-Bailly), les clients sont souvent surpris par la qualité et la constance, millésime après millésime. C’est là notre authenticité, celle qui reflète notre terroir. Vinifier un grand vin, c’est donc laisser le terroir s’exprimer. Et au final, on veut des vins qui donnent du plaisir à être consommés. Alors, toute notre démarche va être de se concentrer sur le moment où cette bouteille sera consommée…

En conclusion, l’authenticité ne s’achète pas. Elle ne s’apprend pas non plus. On l’est ou on l’est pas. On peut vivre dans l’apparence et la superficialité, mais quand on a la chance de travailler dans le plus bel endroit du monde, on ne peut qu’être juste. Certains lieux sont plus propices à faire naître et à révéler sa propre authenticité. Nous avons la chance d’avoir un terroir exceptionnel, un propriétaire formidable qui s’inscrit dans la durée, et une équipe qui fait un travail sensationnel. Et toute ma philosophie a été ne pas suivre les modes et ne pas écouter les sirènes. Il faut suivre son instinct et garder son âme, être fidèle à ce que l’on est et être authentique.”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée au Château Haut-Bailly (Bordeaux) le 6 juillet 2017

Lien vers le site du Château Haut-Bailly

Découvrez aussi le portrait de Véronique Sanders

A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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