L’authenticité selon Maurice Sauzet, le père de l’architecture naturelle

Maurice Sauzet

“Pour arriver à expliquer ce que je fais, quelle est mon ambition, je donne souvent cette image qui est assez réaliste. Quand je vais aux Maldives pour faire de la plongée libre, je découvre un monde aquatique insoupçonné et d’une beauté incroyable. Je suis sidéré et lorsque je reviens, je souhaite que tout le monde puisse voir cela. Pour les maisons, c’est la même chose. Le but est d’ouvrir les yeux sur cette beauté du monde. Avec l’architecture naturelle au bout du parcours, on découvre brusquement le monde cadré dans le plus bel endroit jamais imaginé, même si c’est un tout petit espace. Toute mon architecture est faite donc pour contribuer à ce choc, et tous les jours, dans des terrains ordinaires, mes clients vont avoir ce choc, même si ce sont des maisons simples. Car elles donneront au final des ouvertures que sur ce qui est beau, et cacheront ce qui est laid. Ainsi, même dans un site qui n’est pas exceptionnel, on arrive à avoir des effets incroyables. C’est ce qui m’est arrivé au Japon et je suis sorti de là sans rien comprendre.

Pour être authentique, il faut acquérir des choses authentiques, aimer et s’entourer de personnes qui sont vraies… C’est aussi une manière d’être soi-même : on dit ce que l’on pense et on fait à peu près ce que l’on dit. L’authenticité peut donc nous révéler. Or, par timidité, par mal être, beaucoup de nos semblables ont perdu cette authenticité qui est voilée par une culture ou par une éducation. Elle se révèlera dans une vie ou pas, car pour beaucoup, il y a cette peur d’être authentique donc vulnérable, ce qui est perçu comme une sorte de faiblesse. Et il y a un grand besoin de nos jours de revenir à l’authenticité, dans nos rapports aux autres, dans nos manières de vivre et de consommer. Aux Maldives, je vis sur des petits bateaux traditionnels en bois, sans climatisation, avec des gens locaux d’une gentillesse extraordinaire et d’une simplicité incroyable. C’est le grand luxe de notre époque d’arriver à retrouver cela, cette origine, en somme, de la simplicité.

J’aime le monde dans lequel je vis et je suis heureux quand je rencontre encore des gens sincères. Mais il y a un tel brouhaha à dissiper, comme le bruit de fond de la télévision ou de la radio, qui empêche d’accéder à ce silence intérieur dont j’ai besoin, car c’est là que je me repose, c’est là que je suis moi-même, avec la conscience d’un milliard d’années d’éléments qui viennent du fond des temps. Quand j’ai appris par la Science que les débuts du monde n’était que de la poussière, qui peut à peu s’est aggloméré et a créé le vivant, la matière vivante… Alors j’ai compris que ma mémoire allait jusqu’à cette poussière. J’ai une mémoire de tout cela, qui n’est pas orale, qui n’est pas racontable. Mais dans mes réactions les plus animales que je peux avoir, quand je parle avec mon chien par exemple, j’ai l’impression que cela va jusque-là. La vie est un miracle et il y a une mémoire dans la vie !

Un des points essentiels de mon travail c’est d’arriver à superposer ces deux dimensions. Celle de l’intuition, de la sensation, d’ouvrir les gens à cette sensorialité et en même temps, de rationaliser, pour que ce soit des maisons qui tiennent, que ce soit des maisons qui soient confortables et qui protègent. Et redonner du sens en rappelant aux gens qu’ils sont vivants. Car le fond des choses, c’est d’être là en sachant qu’on est mortel et qu’on va disparaître. Le rapport au monde change alors complètement. C’est un instant, une étincelle qui doit être accueillie pleinement et ce serait un péché de ne pas tout prendre de ce monde qui est miraculeux.

L’architecture peut donc changer la qualité de vie en faisant en sorte que l’ici et maintenant soit fortement ressenti par ceux qui le vivent. Et j’aimerai qu’il y ait plus d’architectes dans le courant naturel et authentique. Hélas, la mode est le pratique, le rentable et pire, tout ce qui se voit : des immeubles, des projets monumentaux, des grands hôtels… Pourtant, même avec des moyens relativement limités, même avec une maison ancienne qui un peu vilaine, on peut avec quelques travaux d’aménagements, transformer des vies. Oui, et c’est le thème majeur de mon enseignement, en changeant la maison, la vie des gens change complètement car il y a une symbiose entre l’habitat et les personnes qui y vivent.

Ma joie et ma fierté c’est de pouvoir révéler cela à mes clients. Dans toutes les maisons, l’important donc c’est le parcours, le cheminement. J’ai vu des ingénieurs, des polytechniciens complètement fermés, retrouver leur âme d’enfant dans leur nouvelle maison. “Je ne savais pas !” L’espace, les habitations où l’on vit tous les jours sont sources inépuisables de beauté. Je dirais donc que je fais des temples de la nature pour les gens. C’est cette expérience que j’aimerai que chacun puisse vivre. Alors, le regard change et chaque instant de vie devient sacré, dans l’accueil et l’ouverture au réel et au monde.

Il y a toujours un problème quand on s’attaque à une maison. Mon défi, avec les lieux et les moyens que j’ai, c’est d’arriver à chaque fois au résultat, ce choc émotionnel de la découverte de la maison. Car je veux créer un rapport au monde que les gens ne soupçonnaient pas, ou n’étaient pas amenés à recevoir. Et pour l’atteindre, le but est toujours différent. Quand on fait une maison neuve, les beaux terrains avec de belles vues n’existent plus, car ils sont désormais protégés. Alors on doit désormais démolir les maisons pour les refaire. Mais je refuse de faire cela. Sur chaque site, je regarde tout ce qu’on peut garder car il y a une âme, une mémoire de l’habitat qui reste et que j’essaye de récupérer. Et là, je suis heureux. Quand je découvre tout ce qui est bon et que c’est encore mieux que ce que je croyais ! Et quand j’arrive à sentir la partie saine de la maison, ce que je vais garder, ce qui va permettre de faire arriver tout le reste… Pour rebâtir et repartir. ”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée par Carine Mouradian, le 2 mai 2017 à Sanary

Lien vers le site Sauzet Architectes

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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