L’authenticité selon Vincent Breed, l’artiste d’un verre qui crée du lien

“L’authenticité, c’est d’abord la relation au réel. Tout existe grâce à la lumière, et le verre notamment, dans la mesure où il est transparent et plus ou moins translucide. Cela amène à nous poser la question suivante : qu’est ce qui existe vraiment ? Puisqu’on voit à travers et qu’on peut même se prendre un panneau de verre si on le voit pas. C’est la confrontation à cette matière qui la rendrait donc réelle. Est-ce une matière sans en être une ? Existe-t’-elle tout en étant absente ? J’aime cette ambigüité et le verre se prête aussi très bien à ces jeux de miroir. A travers mes sculptures et mes installations, je peux même perturber volontairement la réalité pour que le public se questionne. Il suffit pour cela de doser la lumière avec l’opacité du verre, ou introduire un élément dans le verre, comme la couleur, le métal précieux ou des impuretés, pour le révéler. Par exemple, un centième de millimètre d’argent associé avec le verre, et on a l’impression, en s’approchant, de voir du chrome ! C’est important de prendre conscience de cela pour changer notre regard sur le réel car il suffit souvent de si peu de choses.

Pour l’artisanat du verre, l’œil est un des sens premiers et il est essentiel pour obtenir des œuvres justes. C’est un métier d’ailleurs qui offre un chemin de perfectionnement, et on apprend tous les jours la patience et l’humilité, qui deviennent naturels si on est passionné. Il faut avoir l’œil dans les proportions; l’œil dans la justesse de la température (parce que la température nous est indiquée par la couleur du verre) ; enfin, une coordination œil et mains pour façonner la matière et lui donner forme. Il y a aussi le dessin car on jette un œil au croquis pour savoir où l’on va. J’ai beaucoup travaillé le symbole de l’œil dans mes sculptures car c’est aussi notre contact le plus évident avec l’extérieur. C’est le lien entre le ressenti, qui est intérieur et purement personnel, et l’extérieur, qui est le lien aux autres, à l’environnement. L’œil peut aussi nous amener à des ressentis parfois subjectifs comme objectifs. Il faut donc réapprendre à analyser les choses de manière rationnelle. Ce qui me plait dans les yeux, ce n’est pas du tout l’intrusion, et c’est ce que j’ai voulu faire passer dans l’exposition des globes oculaires à Lyon. Regardez ! Ressentez ! Vos deux yeux ne sont pas ceux de quelqu’un d’autre et c’est un outil fantastique qui nous permet de vivre, de ressentir, d’observer, d’analyser et on n’a jamais assez fait d’observer. L’une des clés pour être là vraiment, est dans ce regard tout simplement. Regarder ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui nous procure des émotions… On est dans une approche parfaitement subjective de la vie mais c’est par là que l’on trouve la joie. Alors on peut se tourner vers les autres et voir ce qu’on peut partager ensemble.

J’attache une grande importance à l’authenticité dans les contacts humains, et je tiens toujours à avoir une relation directe avec la personne qui va acquérir l’objet ou l’œuvre. Car ce qui m’inspire dans la plupart des projets, c’est le lien ; le lien entre moi et la personne que j’ai en face de moi; le lien entre moi et la matière, le lien enfin entre l’objet et son environnement. C’est vraiment grâce à cet échange que je peux créer au final une sculpture, un luminaire ou un objet purement poétique, ou encore une installation ou une performance…. Ce lien créateur est d’ailleurs l’ultime privilège et le vrai luxe, car c’est un circuit court où il n’y a aucune dilution. Le résultat est quelque chose d’unique, qui n’existe qu’en un seul exemplaire et qui a été fait pour une personne donnée, pour une utilisation donnée et pour un lieu donné. Pour moi les plus belles créations, là où je sens qu’il y a une réelle authenticité c’est quand c’est le fruit d’une rencontre. J’aime aussi travailler avec des architectes, des designers et des créateurs. Collaborer devient alors une nouvelle source d’inspiration et de synergies autour de la création. Je ne suis plus l’artiste mais l’artisan qui essaie d’apporter des solutions techniques aux créations d’un autre et chaque projet devient un amplificateur de recherches et de défis.

Nous les artisans, nous sommes en réalité des faiseurs de rêves ! Nos clients viennent à nous avec leurs rêves et nous les accompagnons pour les réaliser, pour les matérialiser du concept à l’objet. Le rêve est un monde merveilleux et sans limites ! Et dans l’atelier, c’est comme si on était dans un monde irréel. On va donner forme avec notre souffle, créer un volume avec l’air qu’on expire et donner naissance avec cette force qui vient de l’intérieur, à un rêve qui peut être le nôtre ou qui sera partagé avec celui qui acquiert l’œuvre. C’est pourquoi c’est l’endroit au monde où je me sens le mieux. C’est le monde idéal où tout est construit autour de ma sensibilité, où j’arrive à me retrouver moi-même avec ce que je suis aujourd’hui, avec l’histoire qui est la mienne. C’est aussi un endroit où je peux poser mes bagages et mes soucis et oser me mettre à nu, en me montrant sous mon angle le plus fragile et le plus vulnérable; C’est là où je me déleste de mes sécurités et où j’abandonne toutes mes protections. Au final, l’authenticité c’est donc ce qui est vrai, ce qui est transparent. Et pour l’atteindre, il faut retrouver notre âme d’enfant et laisser plus de place aux rêves dans nos vies !”

Propos recueillis lors d’une interview réalisée à Brussieu (Lyon) le 11 juin 2017

Lien vers le site de Vincent Breed

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A propos de Carine Mouradian

J’ai à cœur de révéler le luxe authentique, à travers le portrait des passionnés que je rencontre. Avec leur créativité sans limites, leurs convictions profondes et un savoir-faire entre tradition et modernité, ils oeuvrent au quotidien pour construire la plus belle et la plus touchante expérience client.

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